Le risque de toxicité rétinienne lié à l’hydroxychloroquine : une entrevue avec la Dre Narsis Daftarian

Plus de 40 stagiaires en recherche travaillent chez Arthrite-recherche Canada. Sous le mentorat d’éminents spécialistes, ces stagiaires effectuent des recherches dans de nombreux domaines, de la rhumatologie à la physiothérapie, en passant, entre autres, par les sciences pharmaceutiques et l’économie de la santé.

Nous dressons le profil de ces chercheurs et de ces chercheuses à l’avenir prometteur, et nous vous présentons ce sur quoi ils travaillent. Nous nous entretenons aujourd’hui avec la Dre Narsis Daftarian, une ophtalmologue qui termine actuellement un doctorat en médecine expérimentale à l’Université de la Colombie-Britannique.

Parlez-nous un peu de vous!

Je suis ophtalmologue et je viens d’Iran. Je suis arrivée au Canada en 2020, et j’ai commencé mon programme de maîtrise en médecine expérimentale à l’Université de la Colombie-Britannique en septembre 2021. En 2022, je suis passée au programme de doctorat et j’ai obtenu le statut de candidate en 2024.

 

Comment vous êtes-vous impliquée dans la recherche sur l’arthrite?

La décision de laisser mon cabinet d’ophtalmologie en Iran a été difficile à prendre. Quand je suis arrivée au Canada, je ne pouvais pas exercer mon métier. J’ai alors décidé d’envoyer un courriel au département d’ophtalmologie de l’Université de la Colombie-Britannique pour me renseigner sur les possibilités de recherche qui pourraient exister. C’est à cette époque que j’ai rencontré le Dr Antonio Aviña-Zubieta, un chercheur principal chez Arthrite-recherche Canada. Il lançait une étude sur la toxicité rétinienne liée à l’hydroxychloroquine, un effet secondaire rare de l’hydroxychloroquine (Plaquenil), un médicament couramment utilisé pour traiter l’arthrite inflammatoire et limiter les poussées de lupus.

Sur quoi vos recherches actuelles portent-elles? Sur quoi travaillez-vous?

Dans le cadre de ma thèse de doctorat, je participe à l’étude INTACT d’Arthrite-recherche Canada. Cette étude de cohorte, menée sur cinq ans, cherche à évaluer le risque de toxicité rétinienne liée à l’hydroxychloroquine. Elle suit de nombreux patients en Colombie-Britannique, qui sont atteints de polyarthrite rhumatoïde ou de lupus, et qui ont pris de l’hydroxychloroquine pendant cinq ans ou plus.

La toxicité rétinienne est un effet secondaire rare de l’hydroxychloroquine, mais elle peut entraîner une perte de vision irréversible. Nous voulons mieux comprendre ce risque.

Pour faciliter ce travail, nous avons créé une banque d’images infonuagique. Cette banque sécurisée relie les cliniques ophtalmologiques participantes à une plateforme d’examen centralisée. Les cliniques peuvent télécharger des images rétiniennes dépersonnalisées, qui sont ensuite examinées pour déterminer si on est en présence d’une toxicité rétinienne (une lésion de la rétine) et établir sa gravité, le cas échéant.

Que comptez-vous accomplir avec cette étude?

En premier lieu, nous voulons comprendre le risque réel ou le taux d’occurrence de cet effet secondaire. Nous espérons ensuite identifier des facteurs qui font augmenter ce risque. Ces renseignements aideront les cliniciens à adapter leurs décisions en fonction du risque que court chaque patient, par exemple la fréquence à laquelle telle ou telle personne doit aller voir un ophtalmologue pour un dépistage. Nous espérons également que les ophtalmologues seront en mesure de mieux comprendre les différents facteurs de risque et qu’ils accorderont ainsi une plus grande attention à certains patients. S’ils constatent des changements, ils pourront en informer les rhumatologues, qui ajusteront alors le traitement médicamenteux pour réduire le risque. Nous souhaitons aussi que cette recherche permette d’orienter l’élaboration de lignes directrices claires. Bien que des études rétrospectives récentes aient fait état d’un risque élevé de toxicité rétinienne lié à l’hydroxychloroquine après 20 ans de traitement, les conclusions de ces études sont sujettes à caution en raison de données importantes manquantes et d’erreurs de classification diagnostique. Certains patients ont ainsi peut-être arrêté leur traitement inutilement par crainte des effets secondaires. Dans notre étude, nous utilisons une technologie d’imagerie avancée, la tomographie par cohérence optique maculaire, qui permet de créer des images très précises de la rétine, la membrane sensible à la lumière située au fond de l’œil. Cette technologie permet de diagnostiquer très tôt la toxicité rétinienne. Elle nous aide également à mieux comprendre sa progression, sa stabilité ou même son amélioration après l’arrêt du traitement.

Pourquoi la recherche sur l’arthrite est-elle importante pour vous?

Lorsque je suis arrivée au Canada et que j’ai découvert que la recherche sur l’arthrite impliquait directement les patients, j’ai été très intriguée. Je pense qu’il est extrêmement important d’impliquer les patients, car ils peuvent nous ouvrir les yeux sur la réalité de leur vie avec une maladie spécifique. Nous n’avons pas besoin de perdre notre temps à mener des analyses compliquées qui n’aboutissent à rien dans le monde réel ou qui ne répondent pas aux défis quotidiens auxquels sont confrontées les personnes atteintes d’arthrite.

Faire partie d’Arthrite-recherche Canada, qu’est-ce que cela signifie pour vous?

En tant qu’ophtalmologue et que chercheuse, je suis contente de pouvoir faire partie d’une communauté d’experts issus de différents horizons. L’accès à cette expertise ne peut qu’améliorer les résultats de nos recherches.

Sur quoi espérez-vous travailler prochainement? Que comptez-vous faire à l’avenir?

Dans mon cabinet en Iran, je faisais plus de 10 interventions chirurgicales par semaine. Cet aspect de ma vie professionnelle a disparu lorsque j’ai déménagé au Canada. Je suis passionnée par la recherche, et j’aimerais pouvoir travailler comme chercheuse clinicienne, pour autant que j’obtienne mon permis d’exercer la médecine au Canada. Si cela n’est pas possible, j’espère continuer à faire de la recherche en tant que membre du corps professoral d’une université. Quoi qu’il en soit, je reste déterminée à poursuivre ma carrière dans le monde de la recherche.

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